La réponse en une phrase
Si vous sortez tout en rémunération, l'EURL gagne. Si vous sortez peu de salaire et beaucoup de dividendes, la SASU gagne. Ce n'est pas une question de statut « meilleur » dans l'absolu : c'est un arbitrage entre le coût des cotisations TNS et celui de la flat tax.
La différence de fond : TNS contre assimilé salarié
Le gérant majoritaire d'EURL est un travailleur non salarié (TNS) : ses cotisations représentent environ 45 % de sa rémunération nette, mais sa couverture est plus légère (indemnités journalières plus faibles, retraite moins généreuse, pas de prévoyance automatique).
Le président de SASU est assimilé salarié : il cotise au régime général, avec des charges patronales et salariales cumulées qui atteignent environ 75 à 80 % du net versé. C'est nettement plus cher, mais la protection est celle d'un cadre — hors assurance chômage, à laquelle aucun des deux n'ouvre droit.
Deuxième différence décisive : les dividendes. En SASU ils ne supportent que la flat tax de 31,4 %. En EURL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social est soumise aux cotisations TNS — ce qui annule en grande partie l'intérêt de la distribution.
Le comparatif chiffré, selon votre stratégie de sortie
Voici le net en poche annuel réellement disponible, selon les deux stratégies possibles, à chiffre d'affaires et charges identiques.
Stratégie A — tout en rémunération, pas de dividendes
| Chiffre d'affaires | EURL | SASU | Avantage EURL |
|---|---|---|---|
| 80 000 € | 37 041 € | 33 115 € | + 3 927 € |
| 100 000 € | 47 110 € | 41 875 € | + 5 236 € |
| 130 000 € | 62 214 € | 55 015 € | + 7 199 € |
Stratégie B — rémunération minimale + dividendes
| Chiffre d'affaires | EURL | SASU | Avantage SASU |
|---|---|---|---|
| 80 000 € | 32 490 € | 34 812 € | + 2 322 € |
| 100 000 € | 42 226 € | 45 358 € | + 3 132 € |
| 130 000 € | 56 765 € | 61 178 € | + 4 413 € |
L'inversion est nette : la même paire de statuts donne un gagnant opposé selon la stratégie de sortie. C'est pourquoi les comparatifs qui annoncent un vainqueur unique sont trompeurs — la question n'est pas « EURL ou SASU » mais « comment comptez-vous vous rémunérer ».
Le face-à-face complet
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Statut du dirigeant | TNS (gérant majoritaire) | Assimilé salarié |
| Cotisations sur rémunération | ≈ 45 % | ≈ 75 – 80 % |
| Cotisations si aucune rémunération | Cotisation minimale due | Aucune |
| Dividendes | Cotisés au-delà de 10 % du capital | Flat tax 31,4 % seulement |
| Protection sociale | Allégée | Régime général (cadre) |
| Assurance chômage | Non | Non |
| Impôt sur les sociétés | 15 % jusqu'à 42 500 € de résultat, puis 25 % | |
| Option à l'impôt sur le revenu | Oui, sans limite de durée | Oui, 5 exercices maximum |
| Entrée d'associés | Lourde (cession de parts) | Souple (actions) |
| Coût comptable annuel | ≈ 1 500 – 2 500 € | ≈ 1 500 – 2 500 € |
Le verdict par profil
Choisissez l'EURL si…
- vous vivez de votre rémunération et ne comptez pas capitaliser dans la société ;
- vous voulez minimiser les cotisations sur un revenu régulier ;
- vous envisagez l'option à l'impôt sur le revenu de façon durable ;
- vous restez seul et ne prévoyez pas de lever des fonds.
Choisissez la SASU si…
- vous voulez piloter finement rémunération et dividendes ;
- vos revenus sont irréguliers — sans rémunération, aucune cotisation n'est due ;
- vous tenez à une bonne protection sociale et à la retraite du régime général ;
- vous prévoyez d'accueillir des associés ou de revendre la structure.
Le point aveugle : ni l'une ni l'autre n'ouvre droit au chômage
C'est l'angle mort de ce duel. Ni l'EURL ni la SASU ne cotisent à l'assurance chômage : en cas d'arrêt d'activité, vous ne percevez rien. Si cette sécurité compte, le portage salarial est le seul statut indépendant qui la conserve — au prix d'un net en poche inférieur. Voir portage salarial ou SASU.