La réponse courte
Il n'existe pas de « meilleur statut » dans l'absolu : le bon choix dépend de trois variables, et de trois seulement.
- Votre chiffre d'affaires. Sous 40 000 €, la micro-entreprise est presque toujours imbattable. Au-delà de 77 700 €, elle n'est plus accessible et la question devient EURL, SASU ou portage.
- Votre besoin de protection. Chômage, retraite cadre, prévoyance, bulletins de paie pour un crédit immobilier : seul le portage salarial (et la SASU, partiellement) les apporte.
- Vos frais professionnels réels. Matériel, déplacements, coworking, sous-traitance : en micro ils ne sont pas déductibles, dans toutes les autres structures ils le sont.
Les quatre statuts en un tableau
| Critère | Micro-entreprise | EURL | SASU | Portage salarial |
|---|---|---|---|---|
| Régime social du dirigeant | Micro-social | TNS | Assimilé salarié | Salarié (CDI ou CDD) |
| Cotisations sociales | ≈ 21,2 % du CA | ≈ 45 % de la rémunération | ≈ 52 % du net versé | ≈ 45 – 50 % du CA |
| Plafond de chiffre d'affaires | 77 700 € | Aucun | Aucun | Aucun |
| Assurance chômage | Non | Non | Non | Oui (ARE) |
| Retraite | Faible | Correcte | Régime général | Régime général + cadre |
| Frais professionnels | Non déductibles | Déductibles | Déductibles | Remboursés hors cotisations |
| Dividendes | Sans objet | Cotisés au-delà de 10 % du capital | Flat tax 31,4 % uniquement | Sans objet |
| Comptabilité | Livre de recettes | Complète (expert-comptable) | Complète (expert-comptable) | Aucune |
| Coût de structure annuel | ≈ 0 € | ≈ 1 500 – 2 500 € | ≈ 1 500 – 2 500 € | 5 – 10 % du CA |
Le net en poche comparé, à chiffre d'affaires égal
C'est le seul chiffre qui permet de comparer des statuts entre eux : ce qui reste sur votre compte personnel une fois payés les cotisations, l'impôt sur les sociétés le cas échéant et l'impôt sur le revenu.
| Chiffre d'affaires | Micro | EURL | SASU | Portage |
|---|---|---|---|---|
| 50 000 € | 36 335 € 72,7 % |
30 689 € 61,4 % |
29 003 € 58,0 % |
23 274 € 46,5 % |
| 70 000 € | 48 135 € 68,8 % |
42 247 € 60,4 % |
40 098 € 57,3 % |
31 800 € 45,4 % |
| 90 000 € | Hors plafond | 52 362 € 58,2 % |
50 608 € 56,2 % |
38 932 € 43,3 % |
| 130 000 € | Hors plafond | 72 592 € 55,8 % |
70 005 € 53,9 % |
53 198 € 40,9 % |
Lisez ce tableau avec prudence. Il isole volontairement l'effet du statut, donc il pénalise le portage salarial : aucun frais professionnel n'y est remboursé alors que c'est justement son principal levier. Avec 8 400 € de frais annuels remboursés, l'écart entre portage et société se resserre nettement. Et surtout, ce tableau ne valorise pas les droits acquis — chômage et retraite cadre — qui n'existent qu'en portage.
Les comparatifs deux à deux
La plupart des freelances hésitent en réalité entre deux statuts précis. Chaque duel a sa propre logique :
- SASU ou micro-entreprise — le duel des créateurs : simplicité et marge maximale contre crédibilité et déductibilité des frais.
- EURL ou SASU — TNS contre assimilé salarié : l'EURL coûte moins cher en cotisations, la SASU protège mieux et sort les dividendes sans cotisations.
- Portage salarial ou SASU — zéro gestion et chômage contre optimisation et contrôle total.
- Portage salarial ou micro-entreprise — le duel le plus fréquent en début d'activité.
Le verdict par profil
Vous démarrez, CA incertain sous 40 000 €
Micro-entreprise. Création gratuite en dix minutes, aucune comptabilité, cotisations proportionnelles au CA (donc nulles si vous ne facturez rien), franchise de TVA jusqu'à 37 500 €. Aucun autre statut n'offre ce rapport risque/rendement au démarrage. Vous changerez plus tard : c'est facile et sans coût.
Vous sortez d'un CDI et voulez sécuriser la transition
Portage salarial. C'est le seul statut qui conserve l'assurance chômage, la retraite cadre, la prévoyance et des bulletins de paie exploitables par une banque. Le coût — 45 à 50 % du CA — est le prix de cette continuité. Comparez ensuite les sociétés de portage entre elles : à CA identique, l'écart de net dépasse souvent 3 000 € par an.
Vous dépassez le plafond micro et vos frais sont significatifs
EURL ou SASU. L'EURL sort un peu plus de net à rémunération équivalente (cotisations TNS moins chères), la SASU offre une meilleure protection sociale et des dividendes taxés à la seule flat tax. Le choix se joue sur votre arbitrage rémunération/dividendes : voir EURL ou SASU.
Vous facturez beaucoup et voulez capitaliser
SASU. C'est la seule structure qui vous laisse piloter finement ce que vous sortez : un salaire minimal pour la protection, le reste en dividendes ou en réserve dans la société. Aucun autre statut ne permet de laisser du résultat de côté sans le cotiser.
Changer de statut, ce que ça coûte vraiment
Beaucoup de freelances restent dans un statut inadapté par crainte des démarches. En pratique : fermer une micro-entreprise est gratuit et immédiat ; entrer en portage salarial ne demande qu'un contrat de travail et aucune formalité de création ; créer une EURL ou une SASU coûte environ 200 à 400 € de frais légaux, plus l'expert-comptable annuel. Le vrai coût d'un mauvais statut — plusieurs milliers d'euros par an — dépasse largement celui du changement.
Le cumul est également possible et légal : facturer ses grosses missions en portage tout en gardant une micro-entreprise pour les petites prestations est un schéma courant.