La réponse en une phrase
Tant que vous êtes sous le plafond de 83 600 €, la micro-entreprise laisse presque toujours plus d'argent dans votre poche : il faut des frais professionnels très lourds — de l'ordre du quart au tiers du CA — pour que la SASU passe devant. On ne passe pas en SASU pour gagner plus tout de suite : on y passe pour dépasser le plafond, se protéger, ou capitaliser.
Le net en poche comparé
L'argument le plus souvent avancé en faveur de la SASU est la déductibilité des frais professionnels. Testons-le : voici le net en poche annuel après avoir payé ses frais dans les deux statuts — en micro ils sortent de votre poche puisqu'ils ne sont pas déductibles, en SASU ils sont déduits du résultat.
| CA / frais annuels | 0 € | 5 000 € | 10 000 € | 15 000 € |
|---|---|---|---|---|
| 50 000 € micro / SASU |
34 096 € 26 535 € |
29 096 € 24 122 € |
24 096 € 21 709 € |
19 096 € 19 297 € |
| 60 000 € micro / SASU |
39 536 € 31 289 € |
34 536 € 28 947 € |
29 536 € 26 535 € |
24 536 € 24 122 € |
| 70 000 € micro / SASU |
44 976 € 35 366 € |
39 976 € 33 343 € |
34 976 € 31 289 € |
29 976 € 28 947 € |
La micro reste devant dans presque toutes les cases. L'écart fond quand les frais montent — 7 561 € sans frais à 50 000 € de CA — et finit par s'inverser : avec 15 000 € de frais, soit 30 % du CA, la SASU passe devant de 201 €. La déductibilité des frais ne compense le surcoût de cotisations qu'avec des frais très lourds.
La SASU reprend l'avantage dans un seul cas de figure : lorsque vous vous versez une rémunération minimale et sortez le reste en dividendes, taxés à la seule flat tax de 31,4 %. Cette stratégie n'a de sens qu'au-delà du plafond micro — c'est-à-dire quand la micro n'est de toute façon plus disponible.
Le face-à-face complet
| Critère | Micro-entreprise | SASU |
|---|---|---|
| Cotisations sociales | ≈ 25,8 % du CA | ≈ 75 – 85 % du net versé |
| Plafond de chiffre d'affaires | 83 600 € | Aucun |
| Franchise de TVA | Jusqu'à 37 500 € | Sans objet |
| Frais professionnels | Non déductibles (abattement forfaitaire 34 %) | Déductibles au réel |
| Protection sociale | Minimale | Régime général (cadre) |
| Assurance chômage | Non | Non |
| Cotisations si aucun revenu | Aucune | Aucune |
| Dividendes | Sans objet | Flat tax 31,4 % |
| Mise en réserve du résultat | Impossible | Possible |
| Comptabilité | Livre de recettes | Complète (expert-comptable) |
| Coût de création | Gratuit | ≈ 200 – 400 € |
| Coût annuel de structure | ≈ 0 € | ≈ 1 500 – 2 500 € |
| Crédibilité commerciale | Moyenne | Forte |
Quand basculer en SASU
Les quatre déclencheurs légitimes, dans l'ordre de fréquence :
- Vous approchez de 83 600 € de CA. Le motif numéro un, et il est mécanique. Au-delà de ce plafond deux années consécutives, la micro s'arrête.
- Vous voulez capitaliser dans la société. La SASU est la seule des deux à permettre de laisser du résultat en réserve sans le cotiser — utile pour investir, lisser des années irrégulières ou préparer une revente.
- Vos clients grands comptes l'exigent. Certains donneurs d'ordre refusent contractuellement les micro-entrepreneurs, par crainte de la requalification en salariat.
- Vous avez besoin d'une vraie protection sociale. Indemnités journalières, retraite du régime général, prévoyance : la micro est très faible sur ces trois points.
Notez qu'aucun de ces déclencheurs n'est « je gagnerai plus net ». Si c'est votre seul objectif et que vous êtes sous le plafond, restez en micro.
La troisième voie qu'on oublie
Ce duel occulte souvent une option intermédiaire : le portage salarial. Il n'a pas de plafond comme la micro, rembourse les frais professionnels hors cotisations comme la SASU, ne demande aucune comptabilité — et il est le seul des trois à ouvrir droit à l'assurance chômage. Son net en poche est plus faible : c'est le prix de cette couverture. Voir portage salarial ou SASU et portage salarial ou micro-entreprise.